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Le bon roi Dagobert, la réduction du temps de travail et la croissance

Christophe VINCENT – le 14 janvier 2001

Il y a bien longtemps, en 997, à l’aube du deuxième millénaire, le roi Dagobert règnait sur un peuple de paysans. Ce roi n’était pas méchant. Il était au contraire fort soucieux du sort de ses sujets. Le problème c’est que, pour n’avoir jamais travaillé lui-même, pour avoir passé toute sa vie au sein de l’Etat, d’abord dans ses écoles puis dans l’administration, il ne savait rien de la vie, il n’avait pas la moindre idée de comment se créaient les richesses. Bref, il était plein de bonne volonté, plein de bonnes intentions mais il n’était pas très éclairé, pas très au fait des réalités.

Un jour qu’il se promenait dans les champs, le roi s’aperçut que le travail de ses paysans était extrêmement dur, extrêmement pénible, extrêmement fatiguant. De retour dans son château, le roi se mit à réfléchir. Que pouvait-il faire pour soulager les souffrances de son peuple ?

Après une nuit blanche, il crut avoir trouvé une solution. Le roi décida que les journées de travail seraient désormais de 10 heures seulement, au lieu de 12 actuellement. Avec seulement 50 heures de travail par semaine au lieu de 60, son peuple pourrait se reposer davantage de ses peines.

A l’aube, le roi fit rassembler ses paysans dans la cour de son château et il leur annonça cette mesure depuis le balcon de ses appartements. Dans un premier temps, le peuple habitué à un autre genre de traitement de la part du pouvoir, poussa des cris de joie et remercia le ciel de leur avoir donné un si bon roi. 10 heures de travail par jour au lieu de 12, cela semblait être une très bonne affaire.

Mais après un court laps de temps, un groupe de paysans s’éleva contre cette mesure. L’un deux s’adressa au roi en ces termes :

" Sire,

Votre mesure part d’une bonne intention mais elle sera néfaste pour nous tous.

Nous travaillons dur pour avoir de quoi vivre, de quoi manger, nous vêtir, nous loger. Si vous nous empêchez de travailler plus de 10 heures par jour, vous nous empêcherez de subvenir à nos besoins. Avec cette mesure, vous ne nous donnerez pas des loisirs, du repos. Non. Avec cette mesure, vous nous apporterez la misère. Si vous voulez notre bonheur, laissez-nous donc libres de travailler autant que nous le souhaitons, autant que nous le jugeons nécessaire.

Et si vous tenez absolument à faire quelque chose pour nous, diminuez plutôt les impôts qui nous étouffent en rendant votre administration moins dispendieuse et plus efficace. Si les impôts étaient moins lourds, nous pourrions alors travailler moins dur. Voilà la bonne manière de soulager nos peines."

Le roi fut extrêmement surpris. Lui qui ne voulait que le bien de son peuple, lui qui leur proposait de travailler moins, il ne s’attendait pas à une quelconque opposition de leur part.

De retour dans ses appartements, il consulta ses conseillers. Ces paysans avaient ils raison ? Etait ce une mauvaise idée de fixer le temps de travail à 10 heures par jour ? Fallait t-il plutôt réduire les dépenses de l’Etat ?

Ses conseillers, en grand émoi, lui répondirent que c’était lui qui avait raison, bien évidemment, et que les paysans en question étaient des fauteurs de troubles, des émeutiers, des fortes têtes connues des services de police. Quoi !  Réduire les dépenses publiques ! Priver les serviteurs de l’Etat (eux-mêmes) de leurs copieuses rémunérations ! C’était tout simplement impensable, impossible, abracadabrantesque ! L’incroyable insolence de ces paysans devait être sévèrement châtiée. Les conseillers proposèrent donc au roi de faire arrêter ces paysans le soir même et de les faire pendre dès le lendemain matin.

Mais le roi était bon et de telles violences lui répugnaient. Il décida de laisser la vie sauve à ces paysans et d’appliquer sa mesure malgré leur opposition. Par ordonnance royale la semaine de travail passa donc de 60 à 50 heures.

 

Paradoxalement, les quatre années qui suivirent cet épisode furent assez prospères.

La mesure du roi n’y fut absolument pour rien bien entendu. Ce n’est pas en empêchant les gens de travailler, en les empêchant de créer des richesses qu’on en crée. D’ailleurs, la plupart des gens se moquaient pas mal de la mesure du roi et continuaient à travailler autant qu’avant.

Non, la raison de cette prospérité fut qu’un paysan ingénieux avait inventé la charrue. La pratique du labour s’était rapidement répandue dans tout le royaume et ce progrès considérable avait permis d’accroître de manière importante le volume des récoltes. Grâce à cette merveilleuse invention, chacun dans le royaume mangeait enfin à sa faim.

Pourtant, au début de l’année 1001, à l’occasion de ses vœux pour le passage dans le deuxième millénaire, le bon roi Dagobert qui n’avait toujours rien compris au fonctionnement de l’économie dit à son peuple :

" Alors, vous voyez que j’ai eu raison de vous empêcher de travailler ! Cette prospérité, cet accroissement de richesse, cette croissance, c’est grâce à la réduction du temps de travail à 50 heures, c’est grâce à moi ! "

 

Mille ans plus tard, de nombreux progrès techniques ont suivi celui de la charrue : L’imprimerie, la machine à vapeur, les chemins de fer, l’automobile, l’aviation, le cinéma, le téléphone, la radio, la télévision, l’ordinateur…

Le dernier progrès en date est celui des nouvelles technologies de l’information (téléphonie mobile, internet, courrier électronique). Ce sont ces nouvelles technologies et les avantages qu’elles apportent qui sont à l’origine de la croissance, de la prospérité que nous avons connue ces dernières années (autour de l'an 2000 donc).

Pourtant, au début de l’année 2001, à l’occasion de ses vœux pour le passage dans le troisième millénaire, Lionel Jospin a prétendu qu’il était responsable de cette croissance avec sa politique de réduction du temps de travail à 35 heures !

Contrairement à la société civile, l’Etat n’a pas fait beaucoup de progrès en mille ans.

 

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